Il semblerait que tu aies tendance à voir dans la présentation de l'univers et le démarrage de l'intrigue deux étapes différentes. C'est à mon avis faux. L'univers étant une composante essentielle de l'intrigue, sa présentation se fait au fil de l'intrigue. Les personnages, par exemple, vont révéler leur caractère en réagissant aux évènements de l'intrigue. Les informations sur la magie (j'ai cru comprendre que tu écrivais de la fantasy : suis-je à côté de mes pompes ?) arrivent quand les mages utilisent leurs sorts, ou quand ils s'entraînent... mais pendant l'intrigue.
Pourquoi est-ce nécessaire ? Aimerais-tu un film où aucune action véritable ne se déroule pendant la première heure, où n'arrivent que des petits évènements qui visent à cerner les personnages et à montrer l'endroit où ils vivent ? Je t'entends déjà ronfler... Un roman, c'est pareil. De même qu'une pièce de théâtre commence dès que le rideau se lève, on considère que l'intrigue commence au premier mot.
J'entends déjà des objections du genre : "Mais chez Stephen King, il ne se passe rien avant la moitié du livre !" C'est exagéré : le démarrage lent ne signifie nullement inaction totale. En effet, il se produit très vite des évènements inquiétants. Ils paraissent mineurs, mais ils sont bien là.
J'entends aussi : "Mais Edgar Allan Poe fait tout un prologue sur ses personnages dans ses nouvelles !" Je reconnais que ce n'est pas faux. C'est même souvent vrai. Mais d'une part, la littérature de l'époque était bien plus "verbeuse" qu'aujourd'hui : la longue description était, pour tout auteur, un passage obligé. Je devrais d'ailleurs employer le pluriel... Aujourd'hui, les auteurs privilégient l'action. Ils vont plus vite à l'essentiel. Même Clive Barker, qui aime commencer ses histoires par une sorte de réflexion poétique dont le rapport avec l'intrigue paraît d'abord lointain, n'est pas verbeux pour cela : une fois que son histoire est commencée, elle est vraiment commencée.
D'autre part, chez Edgar Allan Poe, ce n'est pas fait gratuitement. Prenons l'exemple de
Double assassinat dans la rue Morgue : dans son prologue, le narrateur parle des facultés de l'esprit humain et utilise cet épisode de sa vie pour illustrer ses propos.
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