Le prologue est un effet, et comme tous les effets, il doit avoir son utilité dans l'histoire.
Dans la tragédie grecque, le Prologue était un personnage qui apparaissait au début de la pièce et résumait le destin des personnages. Il ne s'agissait pas d'un spoiler, mais d'une façon de faire sentir dès les premières secondes le poids de la fatalité.
En science-fiction, fantasy, fantastique ou thriller, le prologue revêt bien d'autres formes et peut jouer trois rôles.
Le premier rôle est le même que le Prologue des tragédies grecques : dire dès le début le sort qui guette les personnages. Mais surtout pas de façon précise ! Au contraire, on laisse le lecteur dans le flou. Ce qu'on recherche, ce n'est pas un spoiler, c'est une attente insupportable pour le lecteur.
Le deuxième rôle est un épisode mystérieux, apparemment sans rapport avec ce qui suit. J'ai bien dit
apparemment, car cet épisode sera au contraire crucial pour l'action. Ce n'est qu'au fil des pages que son importance se révèle. Un tel prologue n'est pas facile à réussir : il faut en dire le moins possible sur ce qui va suivre, faire naître un maximum de questions dans la tête du lecteur...
Le troisième rôle consiste à donner des informations sur l'histoire : on présente un personnage, on "explique" -surtout pas sous la forme d'un exposé !- le contexte "historique" -tout dépend si on situe l'histoire à une époque passée, dans un lointain futur, dans un monde imaginaire... Si j'ai bien suivi, Narja, c'est ce que tu as voulu faire.
A noter que Clive Barker affectionne une forme très particulière de prologue : une sorte de réflexion poétique en rapport subtil avec l'histoire.
_________________
