Le paisible univers des jeunes écrivains en herbe...
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 Hot

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lemon a
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MessageSujet: Hot   Jeu 9 Avr - 9:40

1


Je suis né avec un super pouvoir. Exactement comme dans les films ou dans les jeux vidéos. Tu peux t'imaginer facilement : quand je me trouve dans un certain état d'esprit, j'ai la faculté de projeter des flammes. Il me suffit d'ouvrir la bouche et je crache de longs jets de feu. Je dis longs parce que je les projette à une demi-douzaine de mètres devant moi. Et je peux te certifier que ça crame, c'est pas de la flammounette de tarlouze, rien à voir. Si tu te prends mon super pouvoir dans la gueule, ta peau fond, tes yeux fondent, tes lèvres fondent, tes poils grillent instantanément et toutes tes chairs se carbonisent et se transforment en barbecue fumant. Tu ne ressembles plus à rien si ce n'est à une odeur pestilentielle et persistante de mauvais cochon cuit. En quelque sorte, je suis un homme-dragon.

Tu penses sans doute que les agents du gouvernement m'ont repéré dès la naissance ou quand j'étais chiard pour m'enfermer dans un endroit confidentiel, pour faire leurs expérimentations tranquille, ou alors pour me faire bosser sur des missions spéciales. Tu verrais bien un genre de confrérie de super héros, une société secrète, quelque chose d'extraordinaire, de high-tech, un truc top niveau, mais qui m'empêcherait de tomber amoureux par exemple, qui m'empêcherait de partir vivre peinard avec ma dulcinée sur un bout de terre, au calme. Non, ça c'est dans les films. Dans la vie réelle, on refuse de délivrer l'allocation handicapé à tes parents parce que ton cas ne correspond à rien de connu, parce qu'il n'y a pas la case sur leur foutu papier et qu'il n'y a pas le formulaire adapté. On te vire de l'école parce que tu représentes un danger pour tes petits camarades, un risque, et que le directeur ne veut pas endosser la responsabilité. On te dit qu'on va te trouver des solutions, on te regarde parfois avec bonté et compassion, mais en vérité tu deviens vite un boulet pour tout le monde, ta famille, tes voisins et tous les gens que tu croises. Quant à la dulcinée essaie de te demander quelle fille accepterait de rouler une pelle à un type comme moi, de fourrer sa langue dans la bouche d'un lance-flamme. Une sacrée disjonctée, hein ! Une nana complètement vrillée de la tête !

Eh bien, cette fille-là elle existe, elle s'appelle Hot et je l'ai rencontrée.
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Tlina
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MessageSujet: Re: Hot   Jeu 9 Avr - 9:57

Merci de te présenter avant de poster !

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MessageSujet: Re: Hot   Jeu 9 Avr - 15:02

2


La différence entre Mac Donald et Quick n'a rien à voir avec la bouffe, tu t'en doutes bien. Les mêmes cultures, les mêmes élevages et les mêmes cuves alimentaires fabriquent la même camelote remplie d'air modifié. C'est dans le code couleur la différence, dans l'identité visuelle. Rouge pour les deux enseignes mais assorti avec du jaune pour Mac Do et avec du blanc pour Quick. Tu n'as qu'à regarder les logos. Voilà pourquoi plus de gens préfèrent se rendre au Mac Do, parce que le jaune dispense plus de chaleur humaine que le blanc. Et puis il y a le clown aussi.

Hot travaillait au Mac Donald quand je l'ai rencontrée. Elle avait postulé à cause du jaune et parce qu'elle aimait bien le clown. Elle était équipière et tournait sur les différents postes attribués à son rang : la caisse, la cuisine, l'entretien. Par entretien il faut comprendre le ménage et la corvée de chiottes. Son uniforme ressemblait à une camisole, un genre burca qui empêchait les ondes de passer. Parce que comment dire ? Hot est ce style de fille dont chaque mouvement convertit l'atmosphère en éclair atomique. Tu reçois une décharge de sexe, de drogue et de rock'n'roll quand tu la regardes. Ca te foudroie de part en part. Moi je crache du feu et elle produit de l'électricité.

A ce moment-là, avant que tout ne vire dans une direction radicalement opposée, je passais l'essentiel de mon temps sur Second Life. Personne ne voulait de moi dans la vraie vie, mais en pixels je devenais quelqu'un. Je m'appelais Lentar Dior, mon avatar figurait un grand type musclé qui se baladait torse nu avec un pantalon noir et des mocassins à travers les décors virtuels. Là, je possédais tout ce qu'un homme moyen souhaite posséder : des amis, du fric plein les poches, des entrées gratuites et une vie sexuelle débridée. Je baisais un tas d'avatars féminins à forte poitrine juchés sur des talons aiguilles. Les fantasmes grouillaient dans ma tête. Mon ordinateur explosait les frontières. Il y avait cette communauté de gens solidaires reliés les uns avec autres, comme les cellules vivantes d'un cerveau en 3D.

Ni le Mac Do ni le Quick ne livre à domicile. Et pourtant Mac Do pourrait envoyer des types déguisés en clowns sur des cyclomoteurs jaunes et rouges. Mais les rois du marketing ont prophétisé que les gens feraient des kilomètres pour ingurgiter des burgers. Ou peut être que ce soir-là, un Dieu avait décidé que je me rendrai au drive-in. Un menu bacon XXL, frites et coca, un royal cheese et un cheeseburger. J'avais refermé la vitre et posé ma commande sur le siège du mort, je passais la première pour rentrer chez moi quand la portière s'ouvrit du côté passager. Une fille s'engouffra dans la voiture sans un mot et s'assit sur les sandwichs.

“On dégage d'ici”, elle a juste dit.

Je voyais cette fille pour la première fois. C'était une employée du restaurant. Je n'ai rien fait pour aller contre le cours des événements, comme si la situation s'imposait d'elle-meêm évidente et naturelle. Nous quittions le parking pour rejoindre la départementale, les feux de la voiture balayaient la chaussée. Dans l'ombre de l'habitacle, elle se tortillait pour retirer le sac écrasé sous ses fesses.

“Je m'appelle Hot et toi ?” demanda-t-elle tandis qu'elle déplaçait le sac sur la banquette arrière.

“Lentar Dior” je répondis, “je m'appelle Lentar Dior”.
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MessageSujet: Re: Hot   Ven 10 Avr - 16:54

3


J'habitais dans une cave aménagée. Creusée au Moyen-Age, voûtée comme un tunnel, avec une salle de bain au fond. On y descendait par un escalier en colimaçon. En haut, les marches partaient d'une cuisine minuscule dont le pas de porte donnait directement dans la rue. Probablement qu'autrefois il s'était agi d'un comptoir commercial et qu'on rangeait les marchandises en bas. Juste avant moi, par contre, le lieu était occupé par un dealer de shit. Dans les premières semaines de mon installation, tout un tas de gars sonnaient à la porte pour s'approvisionner, un vrai casting d'artistes et d'étudiants dépenaillés. Dans la pièce à vivre, sous terre, un unique soupirail perçait trois ou quatre mètres de pierraille, le problème étant qu'à l'extérieur, l'ouverture débouchait sur le dépotoir du quartier. En plus de la clarté blafarde, je récupérais l'odeur des ordures ménagères et de l'urine des types qui, parfois, pissaient sur les poubelles. En dehors de la salle de bain, doublée par une cloison en plastique, les murs étaient en pierre nue. Je trouvais ça chouette d'ailleurs. Par endroits, une sorte de mousse blanche courait entre les aspérités de la paroi, probablement alimentée par l'humidité ambiante. Des extracteurs d'air renouvelaient l'atmosphère et je faisais brûler des bâtons d'encens pour masquer les mauvaises odeurs. Le sol était en carrelage beige. Même couleur pour les murs.

L'environnement sombre et humide m'apaisait. Enfin, c'est ce que soutenaient les gens au fait de ma singularité. J'avais plus facilement tendance à cracher des flammes par temps sec apparemment. La campagne brûle en été, c'est une constatation scientifique. La Direction des Affaires Sanitaires et Sociales avait convaincu mes parents de me coller là. Pour un logement de centre-ville le loyer était modique et le propriétaire des lieux travaillait au Conseil Général. Ca tombait bien. Et puis surtout, enterré dans un antre, cerné par une épaisse rocaille, je ne risquais pas de déclencher une catastrophe.

Hot trouvait mon appart' “ultra kiffant”. Je lisais dans ses yeux la gourmandise d'une petite fille émerveillée. Elle explorait l'espace en faisant glisser son regard partout autour d'elle, s'attardant sur mon installation informatique, trois PC branchés côte à côte sur une longue planche retenue par des trétaux en bois. Un capharnaüm de câbles et de voyants lumineux attribuaient à l'ensemble une consonance technologique comme on n'en voit que dans les films de science-fiction. L'informaticien génial et retiré du monde, forçant les accès et les sécurités des bases militaires, pilotant des vaisseaux à distance et contrôlant la Terre. Hot contourna les deux fauteuils disposés autour de la table basse, à côté du lit. Je suis tombé amoureux d'elle à ce moment-là, son ombre caressant les parois concaves de la pièce, se déformant et s'étirant, comme la silhouette d'une danseuse étoile, renvoyée par l'éclat blanc de ma lampe halogène.
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MessageSujet: Re: Hot   Sam 11 Avr - 13:18

4


Dimanche, vers midi, le soleil paradait dans un ciel bleu immaculé. Tout paraissait plus coloré, plus éclatant : le bleu, le rouge, le jaune. De nombreux clients, installés sur la terrasse du Mac Do, ingurgitaient des menus et froissaient les serviettes en papiers qu'ils abandonnaient sur les tables. Des gosses crapahutaient dans l'aire de jeu voisine, le toboggan en plastique rendait des protestations sourdes comme le tourniquet et les animaux à bascule. Un balais de voitures faisait la ronde, virant autour du bâtiment pour le service au volant.

De loin, tu regardes la scène, plan général, vue de plongée, et tu penses que tout va bien, comme dans une station balnéaire au début de l'été. Et puis tout d'un coup, l'objectif se rapproche, cadre serré, plan de détail, un baigneur coule, croqué par le grand blanc.

Zoom sur la terrasse du Mac Donalds : Hot menaçait d’envoyer un burger sur le géant qui lui faisait face si, d'après ses invectives, ce dernier persistait à l'empêcher de récupérer ses affaires. Un mètre séparait les deux adversaires. L'agent de sécurité, un colosse noir, ne trouvait rien à dire mais continuait de faire barrage et, dans la seconde où Hot, très remontée, achevait son flot de paroles emballées, reçut le burger sur la tronche d’une manière si fluide et si magistrale qu’il en demeura muet et paralysé de stupéfaction. Des bouts de steak haché égayaient sa moustache finement taillée du matin même, des carrées d’oignons verdâtres auréolaient ses narines comme des chicots scintillants sous le kanyar, entrant et ressortant au rythme de la respiration, ses lunettes se trouvaient barbouillées de sauce industrielle morcelée à la tomate lyophilisée, quelques feuilles de salade pendaient, collées à l’épiderme. Certains badauds, qui avaient raté la partie cruciale de l’action, pensèrent qu’un ptérodactyle lui avait chié dessus. Hot s'empara d'un Coca cinquante centilitres et crucifia le gros taché comme un matador achève un taureau, smashant le gobelet de carton sur le haut de son crâne.

Une minute auparavant, elle m'avait demandé de l'attendre dans la voiture, sur le parking. Elle devait rendre son uniforme et récupérer les fringues qu'elle avait laissées au vestiaire, la veille, quand nous nous étions rencontrés. Je la regardais entrer dans le restaurant, puis, presque immédiatement, je la voyais ressortir, toujours en uniforme. Le type de la sécurité, le colosse noir, la tenait fermement par le bras et l'avait projeté vers l'extérieur, sans ménagement. Percutant une table fixée à la plate-forme en bois de la terrasse, Hot avait attrapé le sandwich d'un père de famille et relooké son adversaire.

Sauf que le type a fini par riposter, peut-être à cause du Coca Cola, de l'effervescence des bulles, de l'énergie du sucre ou de la froideur des glaçons. Il lui a collé un énorme direct dans la gueule et Hot s'est effondrée comme une poupée molle. Etendue par terre, inerte, son nez pissait le sang. Je me précipitai vers la scène tandis que le Noir retournait à l'intérieur du Mac Donald. Tout s'était passé si vite. Les clients de la terrasse se tortillaient sur leur chaise et ne savaient pas trop comment réagir. Les gamins, dans l'aire de jeu continuaient de brailler, ils ne s'étaient rendu compte de rien. Quand à moi, une détermination rageuse m'avait saisi aux tripes. Le feu me défonçait l'estomac. J'enjambai le corps de Hot et entrai à mon tour dans le fast food.
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MessageSujet: Re: Hot   Sam 11 Avr - 15:36

J'adore carrément sur ce coup. Ça change, c'est frais (comme le coca ^^), et on a envie de savoir la suite (ce qui en langue Benoicienne signifie "envoye le reste !" Laughing )
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MessageSujet: Re: Hot   Dim 12 Avr - 0:10

5


Quand tu habites dans une cave, les gens te baratinent sur la lumière du jour et ses conséquences sur l'humeur. Parce que si tu ne vois pas le soleil tu sombres dans la déprime. Il paraît que c'est prouvé. Chez les Esquimaux et dans les pays nordiques, la moitié de la population broie du noir, se suicide ou se bourre la gueule. D'ailleurs, tu te demandes pourquoi les gens habitent encore dans ces endroits. Je n'y avais pas pensé, à l'histoire de la lumière, mais à force d'entendre les uns et les autres s'apitoyer dessus, j'ai fini par me demander si finalement tout allait bien pour moi. On appelle ça la pression sociale : tout seul tu serais parfaitement heureux mais les autres sont là pour te filer les boules. Heureusement, je ne connais pas grand-monde.

Hot se foutait de la lumière du soleil comme un dauphin du retard des trains. Exactement pareil que moi avant que l'opinion générale ne déclenche le doute dans ma conscience. Hot sortait du lot, de la masse anonyme et geignarde : elle considérait les choses d'une manière positive, sans s'arrêter sur les détails qui te pourrissent la vie parce que tu t'en fais toute une montagne. Le soir de notre rencontre, j'ai mis un disque de dub et partagé mes burgers avec elle. On a mangé, on n'a rien dit, on écoutait la musique et puis Hot m'a demandé si je voulais bien l'héberger pour la nuit et si, le lendemain, je la reconduirais au Mac Do pour récupérer les affaires qu'elle avait laissées là-bas. J'ai répondu oui, bien sûr.

Il y a des moments où les choses s'enchaînent naturellement. Le soleil qui brille et qui remplit les terrasses de cafés. Hot qui prenait une douche dans ma salle de bain et qui ressortait nue, ruisselante, pour que je lui passe une serviette. Son corps parfaitement proportionné exprimait la fraîcheur et la vitalité, ses formes te fouettaient le sang. Elle m'a souri : “vite j'ai froid”. Et je me suis précipité vers l'armoire pour trouver de quoi l'essuyer. J'ai remarqué les deux 8 tatoués sur le bas de son dos, au niveau des reins, de part et d'autre de sa colonne vertébrale, qui se regardaient comme une tache de Rorschach. 88 : tu sais ce que ça signifie ? Moi, je n'en savais rien du tout, et de toute façon cela n'avait aucune importance. Pendant qu'elle terminait de se sécher, je m'étais connecté sur Second Life pour gérer mes avatars-putes. Les montants que déboursent certains types juste pour vivre une relation de séduction atteignent des sommets considérables. J'avais mis en ligne une dizaine d'escort-girls qui rabattaient les gogos sur mon compte paypal. Ca me règlait les courses au supermarché et les autres factures du quotidien.

J'ai installé les matelas et nous nous sommes couchés côte à côte, Hot et moi. Je suis resté éveillé toute la nuit mais je n'ai pas bougé d'un millimètre.
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MessageSujet: Re: Hot   Dim 12 Avr - 15:29

Définitivement j'aime.
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MessageSujet: Re: Hot   Mer 15 Avr - 12:15

6

Je franchis la porte et me propulsai face aux caisses. Des adhésifs micro-perforés couvraient toutes les vitres de la salle : de la promotion pour le Chicken Mytic, qui empêchait le soleil de passer. Des éléments de déco évoquant l'Amérique de James Dean : calandre de Cadillac 1960, pompe à essence Texaco, panneau road 66, plaques d'immatriculation du Nevada, du Minnesota et du New Hampshire, se mélangeaient aux impératifs de fonctionnalité made in Mac Donald : cadeaux Happy Meal en vitrine, kiosque environnement, distributeurs de pailles et de serviettes en papier, écriteaux “wifi illimité”, récupérateurs de déchets, panneaux lumineux détaillant les salades et les menus Best of, mode d'emploi pour composer ton Mac Flurry. Tables et sièges en plastique dur, sol à carreaux blancs immaculé et faux-plafond en placo classé M0, résistant au feu, solidarisaient l'espace.

L'agent de sécurité contournait la rangée de caisses pour disparaître dans la partie cuisine. Du moins était-ce son intention probable. Tous les postes fonctionnaient et une file d'attente se déployait devant chacun d'entre eux : principalement des familles avec des enfants et des groupes d'adolescents aux t-shirts floqués. Un type débarquant de la campagne aurait cru à une fête de village dans un film de science-fiction.

J'estimai rapidement ma trajectoire. Une partie de la clientèle et des employés obstruait le champ de tir mais aucune perspective de dégât collatéral n'aurait pu m'arrêter. Je me stabilisai devant les caisses, soutenu vers l'avant par une sorte de main invisible qui maintenait mes chevilles, mes fesses et mes épaules comme un exosquelette. La puissance partait de l'estomac, un flux d'énergie remontait dans ma poitrine et dans ma gorge. Mon corps se tendait et personne ne faisait attention à moi. Je crachai le feu en direction du videur.

Un long jet oblique dévasta tout sur son passage, des clients, un employé qui prenait les commandes, et atteignit la cible pleine face avant de terminer dans le bac à frites et potatoes. L'explosion fut immédiate. Je crois que la détonation me rendit sourd pendant plusieurs secondes. J'avais l'impression de vivre dans une comédie musicale à laquelle on aurait coupé le son. Une rencontre entre un film catastrophe et un ballet de danse contemporaine. Des deux trous et des quatre trous enflammés volaient partout à l'intérieur du restaurant comme de la poussière d'étoile. Des gens étaient prostrés à terre, d'autres, la bouche béante, devaient hurler et d'autres encore traînaient sans but, hébétés, avec une démarche anesthésiée ou saccadée. Une odeur piquante de chair carbonisée remontait. Un incendie s'était propagé à partir du bac à frites et se répandait dans la cuisine. Les extincteurs automatiques scellés dans le plafond se déclenchaient les uns après les autres.

Je me sentais serein, accompli. Je ressortis sans encombre en emportant un exemplaire de “Ca se passe comme ça”, le mensuel du fast-food, qui avait échappé aux flammes. Sur la couverture, Will Smith était photographié et brandissait un pouce levé.


Dernière édition par lemon a le Sam 18 Avr - 18:42, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Hot   Mer 15 Avr - 15:29

Je ferai remarquer la profonde humanité du personnage qui, après avoir f***u le feu,brûlé vif un homme et sûrement blessé des innocents, se casse tout content de lui en prenant de la lecture...
Même si j'ai envie de lui f*** une baffe, je reconnais que c'est fort bien écrit, avec un style assez jubilatoire.

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MessageSujet: Re: Hot   Mer 15 Avr - 18:35

Tlina a écrit:
Je ferai remarquer la profonde humanité du personnage qui, après avoir f***u le feu,brûlé vif un homme et sûrement blessé des innocents, se casse tout content de lui en prenant de la lecture...
Même si j'ai envie de lui f*** une baffe, je reconnais que c'est fort bien écrit, avec un style assez jubilatoire.


Rien de plus à ajouter ^^

Sauf que si le mec n'était pas aussi dingue, ça serait probablement pas aussi jubilatoire ^^
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MessageSujet: Re: Hot   Sam 18 Avr - 18:13

7

Hot m'attendait à l'extérieur du Mac Do. Elle était à nouveau sur pieds et maintenait une serviette en papier appuyée sur son nez. On fila vers la voiture et on sortit rapidement du parking. Je contrôlais parfaitement la situation. A vrai dire, j'enchainais les actions comme si je manoeuvrais dans un jeu vidéo. Faire ça à ce moment-là, repérer la situation et déclencher la réponse appropriée. Point. Il s'agissait juste de faire avancer l'histoire. Les choses se passaient naturellement, sans émotion particulière, il advenait ce qui devait advenir mais, cette fois, j'avais ce sentiment de contrôle et l'ivresse que tu peux ressentir quand tu as gratté les bonnes cases et que c'est à toi de faire tourner la roue de la fortune.

“On va chez Crotale” a dit Hot, “tourne à gauche”. Et je suivais ses indications sans me poser plus de questions, attendant le prochain tableau. J'étais prêt pour que la terre arrête de tourner, prêt à embarquer pour n'importe-quelle destination. La circulation était fluide et tout paraissait normal. On se gara devant la porte de garage d'une maison de ville. Hot frappa contre le métal et, à l'étage, un type se pencha sur le rebord de sa fenêtre. Crotale portait son nom comme un costume bien ajusté. Agé d'une quarantaine d'années, il présentait une tête triangulaire : son crâne rasé à blanc et ses yeux ronds dont les sourcils étaient taillés en pointe évoquait réellement la forme hypnotique et piquante du serpent. Sa peau burinée ressemblait à des écailles.

Un fatras d'objets et de décorations nazis encombrait l'appartement et le garage. Crotale gérait la sarl Saint George, spécialisée dans l'import / export de joujoux white power. Là un carton de briquets KKK, ici une pile de CDs Africa Korps, Kombat 18 et Skrewdriver, des médailles, des drapeaux et même un stock de films pornos où un type habillé en Waffen SS baisait des filles de couleur sur une literie IIIiem Reich. Dans un coin du salon, alors que Crotale m'ouvrait une kro, je remarquai des tee-shirt 88, avec le même lettrage que sur le tatouage de Hot.
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MessageSujet: Re: Hot   Dim 19 Avr - 15:42

Je m'étais douté d'un truc avec le tatouage, tu le confirme, mais je sais toujours pas ou tu nous embarque là...ménage pas trop ton suspense et continu^^
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MessageSujet: Re: Hot   Lun 20 Avr - 20:11

8

Plus tu dors et plus tu es crevé. Inversement, plus tu t'agites et plus tu engranges de l'énergie. Enfin dans une certaine mesure. Notre hôte connaissait toutes les ficelles de la clandestinité. On a d'abord déplacé ma voiture, qu'on a abandonné dans un quartier résidentiel, pour éviter de nous griller. Puis Crotale a contacté des amis sur Hambourg avec lesquels il était en affaire. Il avança une livraison de marchandises pour nous mettre à l'abri, de l'autre côté de la frontière, dès le lendemain. Départ fixé à quatre heures du matin, douze heures de voyage à tuer. Pendant qu'il pianotait sur Messenger et faisait tinter Skype, Hot me rasait la tête avec une tondeuse électrique. Parce qu'à l'intérieur du Mac Do, des caméras de surveillance m'avaient certainement identifié et les flics devaient être en train de zoomer sur ma gueule d'ange. Elle disait ça Hot : gueule d'ange.

“Tu t'es cogné ? ” me demanda-t-elle en soulevant la tondeuse. “Tu as deux grosses bosses”. Son corps frôlait le mien. Je passais une main sur mon crâne nu et je palpais les deux protubérances un peu au-dessus du front, sur la gauche et sur la droite, sans éprouver de douleur ou même de sensation autre que leur forme au touché. Je ne me rappelais pas avoir subi de choc.

J'aidais Crotale à charger son fourgon, un vieux C25 kaki et brun camouflage. On embarquait principalement des boucliers mobiles de protection utilisés par les brigades anti-émeutes et des tirages photographiques contre-collés sur contre-plaqué de superstars fascistes. “C'est bien qu'on ait des jeunes comme Hot et toi” me disait Crotale “des jeunes qui n'ont pas peur et qui ne se laissent pas marcher sur les pieds”. Je ne répondais rien, je me contentais d'empiler les boucliers au fond du compartiment. Un souffle d'air glissait sur mon crâne fraichement rasé. Je vivais.

Crotale s'est absenté une heure pour faire le plein et récupérer du stock chez un collègue à lui. Avec Hot nous avons fait l'amour, ou plutôt nous avons baisé comme des malades, avec toute l'énergie accumulée, comme si nous attendions l'apocalypse. Pour moi : c'était la première fois.
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MessageSujet: Re: Hot   Mar 21 Avr - 19:15

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Parfois tu vois les gens d'une manière qui te donne une certaine idée de ce qu'ils sont vraiment. Une idée partielle je veux dire. Comme si tu étais originaire de Zyklon 8, une planète située à l'autre bout de la galaxie, que tu prenais un vaisseau spatial et que tu te stationnais en orbite autour de la terre. Tu regardes par le hublot et tu ne distingues que les océans, une grande masse bleue. Alors ca ne veut pas dire que les océans n'existent pas. Quel ignorant prétendrait que les océans n'existent pas ? Par contre, tu ne visualises pas notre monde tel qu'il est en réalité, seulement un bout. Et puis tu te rapproches, tu entres dans l'atmosphère, tu traverses les nuages et là, tu aperçois les sols, les forêts, les routes, les habitants, leurs bagnoles et même leurs boites aux lettres. Tu te fais une idée plus précise, tu captes des détails qui t'avaient echappé au départ.

C'était la même avec Hot. Nous nous étions arrêtés sur une aire d'autoroute avant de passer en Allemagne. Il me restait de la monnaie et j'achetai le journal dans le magasin des pompes à essence. Une page entière était consacrée à l'incendie meurtrier du Mac Do. En photo, des brancardiers évacuaient un type et on apercevait le clown. L'article restait vague sur les circonstances de l'explosion. Le videur était mort à l'hôpital. En poursuivant ma lecture, j'appris qu'il avait eu une altercation avec une employée du restaurant dans les jours précédents. Un témoin parlait de menaces et d'insultes racistes et les enquêteurs privilégiaient la piste du règlement de compte.. Hot lisait par-dessus mon épaule. Avec une main elle me massait le dos.

Nous atteignîmes notre destination finale en fin d'après-midi : une ville au nom imprononçable, à vingt kilomètres de Hambourg.

“C'est rempli de Polonais par ici”, nous informa Crotale.

Je ne savais rien des Polonais à part que dans le foot, ils figuraient les meilleurs hooligans au monde. Je visionnais des vidéos en streaming sur Youtube et sur Dailymotion. Les fights de hools polonais contre d'autres groupes ou la police surpassaient tout en sauvagerie. Sur un film tu reconnaissais des hooligans de Chelsea qui détalaient devant une team du Legia Varsovie. Même les Anglais ne faisaient pas le poids. Et sur les forums dédiés, les Polonais se foutaient de leur gueule. Les chattes de la reine ils disaient.

Crotale gara le C25 dans un quartier de barres HLM blanches reliées entre elles par des espaces en jachère. De la terre boueuse, de l'herbe, des fourrés, des lapins gris qui courraient partout, les trottoirs et les routes éventrés par endroits, les bâtiments lézardés. On aurait dit une cité d'après guerre pourrissant au milieu de la campagne.

“Attendez dans le camion je reviens” ordonna Crotale “Et faites gaffes, c'est plein de camés par ici”.

Il bondit sur le bitume défoncé et disparu au coude de la rue. A l'avant du C25, Hot se pressait contre moi. Son regard glissait dans le mien et je passais mon bras autour de ses épaules. Le décors, les lapins, les hordes de polonais et de camés, tout ça me foutait les chocottes.


Dernière édition par lemon a le Mer 22 Avr - 18:39, édité 1 fois
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Hot

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