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 Les Thessaliennes [Nouvelle à sujet mythologique]

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Tlina
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MessageSujet: Re: Les Thessaliennes [Nouvelle à sujet mythologique]   Ven 10 Juil - 19:28

Chapitre 15
Moi, Arné



À présent c'est à moi, recluse en ma prison, de parler.
Moi, Arné-Mélanippé, l'insolente princesse aux cheveux noirs telle la crinière brillante d'une jument fougueuse ; de là vient mon surnom, Mélaïna-hippé, la jument noire. Et n'ai-je pas été séduite par le Maître des Chevaux ?
Mon père a tenté d'annihiler mon existence, en m'enfermant doublement dans l'obscurité. Aucune lumière ne filtre à travers les murs de cette tour, et de toute manière mes yeux aveugles ne voient que les ténèbres. Mais je vis encore.
Pourtant, aucun sort ne ressemble plus que le mien à la mort : je suis privée d'air libre, comme une défunte, et de lumière, mes ténèbres sont déjà ceux de l'Hadès. Mes faibles membres répondent à peine à ma volonté. Sans la chaleur du soleil, je ne peux plus distinguer le jour de la nuit, le temps ne s'écoule plus pour moi. Pourtant je vis ! Je vis, à force de luttes et de rage, je m'accroche au monde des vivants comme un fantôme, je survis pour crier de toute la force de mon corps emmuré : « Rendez-moi mes enfants ! »
Car c'est cela, à présent, le secret de ma force, comme l'était auparavant ma passion pour un dieu. C'est cet amour maternel, incandescent en mon coeur, la flamme qui me fait vivre ; c'est cet espoir de revoir – revoir, quelle ironie – mes jumeaux. Je ne peux plus compter les jours dans ma prison, mais je sais bien que les années ont dû passer depuis que j'ai tenu, sans les voir, leurs petits corps dans mes bras. Quel âge ont-ils ? Quelle taille font-ils ? Quel air ont-ils, possèdent-ils la prestance qu'avait leur divin père ? J'ai tant de désir de toucher leurs bras forts, d'entendre leurs voix d'adulte ! Comme cette volonté bouillonne en mon âme !
Et aujourd'hui, je ne sais ce qu'il se passe, je ne vois rien, ne comprends rien – mais mes oreilles perçoivent une rumeur sourde autour de ma prison ; j'entends près de la tour des clameurs de combat ! Que se passe-t-il ? On se bat dehors ! Quelque ennemi a-t-il attaqué la citadelle d'Eolos ? Les Barbares du nord sont-ils en train d'assaillir la Thessalie ? J'ai trouvé assez de forces pour me lever, fantôme chancelant dans ma robe en haillons, et appuyer mon oreille aux murs de la tour. J'entends des cris, des bruits de pas, de course, d'hommes se défiant de loin, de chars dévalant des pentes, de clairons triomphant, de bronze s'entrechoquant, de guerre enfin ; ils montent, descendent, dans un reflux comparable au va-et-vient des vagues, venant lécher par intervalles le roc de ma prison. Et mon esprit, à suivre ce roulis sonore, se grise de combats. Je sens mon ancienne force envahir tout mon être, un sentiment, pressentiment, accélère mon coeur, je le sens, quelque chose arrive, c'est mon tour, c'est mon heure !
Alors – comme une clameur de victoire résonne là-dehors, un camp a gagné, l'autre, défait, s'enfuit – des grondements sourds ébranle la tour, des coups répétés contre ma prison, quelqu'un veut détruire ces parois qui m'enferment, je tape du plat de la main contre le mur, je crie, je crie pour les encourager, un flot d'espoir se déverse en mon coeur revigoré, un moellon s'abat, puis deux, puis trois, j'entends le bruit, je sens l'air frais qui fouette ma peau, la secoue d'un bienheureux frisson ! Des bras me prennent, me tirent, je sors, ô dieux, je sors ! Est-ce un rêve ? Est-elle réelle, cette caresse du soleil sur ma peau ? Est-elle vraie, la fraîcheur du vent marin dans mes cheveux ébouriffés ? Par tous les dieux, par celui que j'ai aimé, oui, c'est vrai, je suis libre ! Et des voix résonnent tout autour de moi :
« Princesse Arné ! Mélanippé ! Mère ! »
Ce dernier mot se répète en écho dans mon coeur, infiniment.
« Mère ! », et on m'enlace. « Mère ! », et des doigts tendres glissent le long de mes joues creuses. Je ne peux que gémir : « Mes fils ! », et m'abandonner à cette étreinte douce. Ici, dans ces bras que je ne vois pas, mais dont la chaleur m'environne, ici c'est la fin de tous les tourments.
Alors, au fond de mes orbites creuses, un miracle se produit. D'abord, rien. Puis un éclair blanc. Un éclair blanc que je discerne. Une silhouette se dessine. Mon coeur bondit. C'est lui. C'est celui que j'ai aimé, au fond de ma rétine, Poseidôn, l'air solennel. Ses lèvres ne prononcent qu'un mot.
- Vois.
Puis ses traits deviennent flous, et disparaissent ; mais je lève la tête, et, de mes yeux régénérés, je contemple les visages d'Eolos et de Boiotos. Mes enfants. Je les vois.

Ici s'achève l'histoire de la princesse Arné, la dernière et la plus heureuse des deux Thessaliennes.

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Tlina

\\\"Que chaque oeuvre soit la preuve de votre victoire sur les difficultés de votre tâche.\\\" A.R.
Mieux vaut une histoire moche racontée avec de belles phrases que le contraire...
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