On naît et on demeure seul, quoique l'on puisse dire. On vient et on part du monde sans personne à nos côtés. On peut décider de croire que la solitude n'est qu'une chimère... Mais cette chimère, elle s'est incarnée en moi. Oui, je suis lâche, j'ai toujours fui les contacts avec les autres, persuadé de ne pas en avoir besoin. Mon univers me suffisait, et à l'intérieur, il n'y avait pas de place pour d'autres personnes enfin, sauf toi. Mais toi tu n'étais pas comme eux. Au moins tu me comprenais... Nous avons toujours porté une étiquette que l'on nous collait, excentriques, marginaux..
Une rue anonyme, des cadavres de bouteilles et d'emballages de nourriture. Des gens sans réelle consistance, des regards de mépris de dégoût. Une aube grisâtre et déprimante. Une journée comme les autres. Et moi dans tous ça ?
Regardez bien cette rue. Fixez-la attentivement. Mieux que ça, cherchez le moindre détail. Si, je suis là. Je fais tellement parti du décor que plus personne ne me remarque. Je pourrai bien être mort que personne ne s'en soucierait. Personne ne se soucie de moi, comme si je n'existais pas. Personne ne connaît mon nom. Cela m'est bien égal au fond, puisque je n'ai besoin de personne. Je suis seul.
Depuis que tu t'en es allé en plein coeur de l'hiver. Nous étions deux vagabonds, deux amoureux de la vie en plein air, en solitaires. Le monde alors était à nous. Personne à qui rendre des comptes, que demander d'autre ? Nous avions vingt ans, et déjà, nos familles nous avaient oubliés. On s'en moquait bien d'ailleurs. J'avais ma guitare, et tu avais ta voix. On se trimballait de squat en squat. On y restait deux trois jours, et on repartait. On avait fait pas mal de chemin à force d'aller de ville en ville. C'est vrai, on crevait la dalle, et on sentait le rat crevé. Mais qui cela aurait-il intéressé ? Personne. Tout le monde s'en fout des marginaux dans notre genre.
Je suis assis dans un coin. J'ai toujours la guitare. J'ai toujours la dalle. Mais toi... Tu n'es plus là. Et tout le monde s'en fout. Tout le monde s'en fout qu'un gars ivre tue un clodo dans le caniveau.
J'ai fini par retourner à l'endroit où tout avait commencé. Notre amitié était née là-haut, sur ce vieux pont. La rivière coule à grands flots tourbillonants... Elle a beaucoup grossie depuis la dernière fois. Je suis là, j'hésite. Que faire ? Tu avais toujours réponse à tout, vieux frère. Tu finissais toujours par trouver la solution.
C'est bizarre, j'ai l'impression que tu es là, juste à côté de moi. Est-ce ta voix que porte le vent et qui chantonne dans mon oreille le même refrain ?
« Vis ta vie, vieux, ne m'oublie pas, mais trace ta route. Adieu. »
Oui, tu as raison. Je reviendrai, et on se reverra un jour. Mais pas encore.
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"Si l'on étudie notre histoire, elle nous apprend à ne pas répéter les erreurs du passé"Maggie Furey,
Les Artefacts du pouvoir.
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