Petite fantaisie sans prétention aucune (mais alors aucune !) inspirée d'un séjour au jardin de Cluny (à Paris, près de la Sorbonne). Bon, j'avoue, le but premier de ces vers était de prouver que je peux faire des alexandrins classiques en rimes embrassées...
Par des événements trop longs à vous narrer,
Mon professeur nous fit un cours de grec ancien
(Nous : mes amis et moi, étudiants égarés)
Pour parler doctement de l'orateur Lucien,
Et par faute de salle, il nous fit installer
Entre les arbres verts du jardin de Cluny,
Le parc moyenâgeux où l'on va contempler
La fontaine et les fleurs qui jouxtent l'abbaye.
Nous nous assîmes tous sur le rebord d'un mur
Sous un arbre où perchaient de vives hirondelles,
Qui, dès lors que le vent secouait ses ramures,
Nous bombardait de feuille en verte ribambelle.
Et notre professeur nous traduisait Lucien,
Citant Dion Chrysostome, Hérodote et Homère,
Pendant qu'en leur latin causaient de petits riens
Les moineaux sautillant sur les murets de pierre.
Très peu de gens prêtaient attention à ce cours
Qui se passait pourtant, impromptu, sous leurs yeux,
Spectacle qu'à Cluny on ne voit pas toujours :
Peut-être que pour eux, Lucien, c'était trop vieux...
Deux touristes non loin conversaient en anglais,
Et dégustaient du vin en verres de plastique ;
D'autres, des amoureux, sur les bancs s'affalaient ;
D'autres photographiaient les sculptures gothiques.
Et je me demandais, dans ce cadre charmant
– Pendant que mon voisin, lui, se grattait le nez –
Où nous parlions de grec, cela très savamment,
Si aux temps anciens où la sagesse était née,
Quand Platon donnait cours dans les jardins d'Athènes,
Quand Zénon discourait sous son fameux Portique,
Quand Aristote aussi n'avait pour toute scène
Qu'une place au Lycée, la promenade antique,
Si notre simple cours au savoir limité
Ressemblait – dans sa forme – à ces heures studieuses
Où l'élève notait, en âme consciencieuse,
Tous les mots du penseur pour la postérité,
Et si de temps en temps, un gazouillis d'oiseau
Arrachait l'auditeur à la philosophie
Si l'élève parfois s'amusait, lui aussi,
À contempler les sauts vivaces des moineaux,
Si les passants marchaient près d'eux sans se tourner
Alors que la Pensée sous leurs yeux prenait forme,
S'ils préféraient flâner sous le saule et sous l'orme
– Et si un auditeur, lui, se grattait le nez.
[Lucien : orateur du 2è siècle ap. J.C. ; Dion Chrysostome : pareil ; Hérodote : historien du 5è sècle av. J.C. ; Homère : poète du 8è siècle av. J.C. (?) ; Platon et Aristote : philosophes grecs du 4è siècle av. J.C. ; Zénon, philosophe du 3è siècle av. J.C.. Tous ces philosophes donnaient des cours à Athènes en plein air dans les équivalents de l'époque de nos "espaces verts" : Platon au jardin du héros Académos, l'Académie, Aristote au jardin d'Apollon-Loup, le Lykaïos ou Lycée où on allait se promener, Zénon sous la Stoa Poikilé , le Portique aux peintures chatoyantes.]
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Tlina
\\\"Que chaque oeuvre soit la preuve de votre victoire sur les difficultés de votre tâche.\\\" A.R.
Mieux vaut une histoire moche racontée avec de belles phrases que le contraire...