Prologue: Par l'ombre et la flamme
Dans les débris de la bibliothèque d'Alexandrie, dans ceux de l'Atlantide, dans les temples de Babylone, au creux de la comète d'Adonis, dans chaque chose qui a du y laisser sa vie à cause de cette connaissance, se trouvent des archives qui parlent d'une légende. La légende racontait plusieurs mondes qui étaient reliés par des portails projetant leur énergie vers d'autres. Il existait un certain univers étrange, où la guerre ne se contait qu'en histoires. Ce monde magnifique se composait d'immenses montagnes aux sommets enneigés, de forêts imposantes et verdoyantes, de mers remplies de créatures marines toutes plus exotiques les une des autres, de sombres cavernes remplies de secrets et de mystères anciens qui révélaient souvent des indices sur les Précurseurs féeriques, une technologie étrange, incomparable, une verdure infinie et des peuples merveilleux en harmonie parfaite. Ces terres fabuleuses avaient pour nom Calendrice. Un son rappelant la pierre et la mer, le feu et le vent, l'arbre et la fleur. Ce monde était divisé en plusieurs grandes contrées:
Borëa, Le pays nordique, où dans les hauts plateaux se trouvait l'hiver éternel et plus au Sud, le royaume de la féerie;
L'Icarie, Le royaume du sable, qui possédait le plus grand désert au monde, d'où les pyramides s'élevant vers le ciel percent un nuage peuplé d'anges;
Eucalidria, le royaume côtier, où les ports étaient les plus réputés. Grâce à son commerce fleurissant et sa pêche fantastique, aussi le pays le plus riche, celui habité par les mages;
La contrée oubliée; lieu de ruines antiques, tout près d'Eucalidria, rappelant les mayas, où les créatures sauvages ont élus domicile dans ses nombreuses forêts tropicales;
Les Terres Infantiles, encore plus hautes que Borëa, aussi connues sous le nom de Royaume Abandonné, révèlait la présence des plus grandes, plus majestueuses, plus anciennes cités naines, toutes détruites, et aussi toutes abandonnées. On raconte de sombres légendes à ce sujet, tel que les spectres des anciens seigneurs nains seraient devenus des Liches et qu'elles se seraient alliés avec le Sombre Seigneur plus d'une fois. Et enfin;
Maarken, le Royaume Ténébreux, où toutes les plantations ont été brûlées, et où réside le Sombre Seigneur.
Il existait un dernier passage menant de Borëa à Maarken. Des cavernes volcaniques, d'une montagne de feu encore en activité, sur une île déserte entre les Terres Infantiles et Borëa. Elles menaient tout droit vers le chaos, tout droit vers la destruction.
***
Le vent se faisait de plus en plus puissant, balayant la poussière sur les tentes de couleurs vives. Des armes jonchaient le sol, rendant un aspect de ruines au campement dans la nuit. L'air était lourd, un orage approchait. Au loin, des éclairs silencieux frappaient le sol sec en annonçant la fin de l'ère de paix du monde. Les étoiles mêmes semblaient vouloir s'éclipser devant toute l'horreur qui semblait trop proche du monde.
Mais, en cette nuit noire et oppressante, une tente était éclairée de l'intérieur. La lumière vacillait comme une chandelle, mais ce n'en était point.
La reine Amaryllis, monarque de Borëa, semblait nerveuse. Chaque geste qu'elle faisait semblait saccadé, et cela n'était pas dût à la nervosité pré-guerrière. Elle cherchait avec fougue un ou plusieurs objets dans le fouilli de sa tente à la lumière blafarde d'une curieuse petite boule qui lévitait en silence au centre de la pièce. Elle diffusait une clarté semblabe à celle de l'aurore, et mettait un aspect dramatique aux recherches de la dauphine. Elle était en armure, une armure de plaques constituée d'un métal jamais vu auparavant par des yeux humains. Ses longs cheveux blonds tombaient en cascade jusque loin dans son dos, et étaient reliés par une coiffure conplexe qui mêlait tresses, anneaux, nattes et queue-de-cheval. Ses yeux d'un bleu profond exprimait un désarroi incomparable, et chaque pensée qui traversait son esprit était chassée par une peur inexpliquable. Soudain, une lueur d'espoir traversa son visage. Elle avait trouvé ce qu'elle cherchait. Un gros manuel de cuir qui était apparament tri-centenaire, au moins, et qui était décoré de motifs étranges et compliqués. Amaryllis l'ouvrit avec précipîtations. La reliure et le parchemin ne craquèrent même pas. La jeune reine tourna vivement les pages, et arriva à un passage du texte avec pour illustration une créature odieuse, portant une longue robe noire en lambeaux, et la tête couverte de,un voile couleur de nuit. Au lieu du visage se trouvait des coutures ressemblant vaguement à des yeux et à un énorme sourire allant si loin dans le vêtement qu'il en était impossible. La bête n'avait pas de bras, mais de longue branches mortes poussaient de ses épaules. Aux côtés de sa tête se trouvait une inscritption à demi effacée, en une langue ancienne. Amaryllis eut un soupir de soulagement en lisant cette inscription, et referma le livre. Elle alla cercher une feuille de parchemin, un encrier et une plume et commença à écrire une lettre. Elle avait une écriture à la fois souple et fine, qui mêlait calligraphie noble et audace paysanne.
J’ai échoué cher frère. Malgré toutes les restrictions que j’ai utilisées, je n’ai pas réussi. Le nouveau Sombre Seigneur pourra ainsi se créer. J’ai laissé passer Tom Sylverön et Haryana D’Annyan... Ma fille... Il ne me reste qu’une initiative, préparer le peuple. Si leur enfant est un garçon, la Prophétie Ténébreuse s’activera, mais s’ils ont une fille, nous aurons peut-être une chance. Mon héritière, Holly, doit absolument avoir un gardien dévoué à partir de ses huit ans. J’ai déjà choisi l’élu, Zaren de Lunth. Espérons pouvoir vivre jusqu’au terme de notre jeunesse…
P-S: Mon mari s'occupera de l'enfant.
Amaryllis
D'un geste précipité, elle alla dans un coin de la pièce caché par l'ombre, et ouvrit une cage à oiseau. À l'intérieur était perché un magnifique oiseau ressemblant à un jai bleu, mais d'un orange flamboyant et avec des nuances de rouge et de jaune. Sa queue rappelait celle d'un pan au repos, et ses yeux étaient pleins de compassion presque humaine, sinon plus. Amaryllis posa sa lettre entre les pattes de l'oiseau, qui la regarda d'un air consterné. La reine hocha la tête d'un geste presque imperceptible, et l'oiseau s'envola. En traversant leciel, il lança un cri merveilleux, indescriptible. Il semblait pouvoir redonner force et courages à tous les guerriers dans leurs tentes. Il redonna espoir à la reine, qui tira une épée à la lame d'améthyste. Ce soir, elle allait à la guerre. Ce soir, elle allait se battre. Ce soir, elle allait mourir.
***
Tom avançait péniblement dans les Grottes de feu. La poussière recouvrait ses membres, et la sueur plaquait ses vêtements et ses cheveux d'un blond de perle péniblement, et ses yeux verts émeraude avaient l'air terriblement inquiets, trahissant le masque de courage qu'il faisait en vain pour se sentir plus fort. Il faisait chaud, trop chaud. La chaleur n'était malheureusement pas le seul facteur de sa transpiration abondante: Tom avait peur, très peur, et il répugnait se sentiement, lui rappelant à quel point il ressemblait à une idiote petite proie d'une grande rapace. Le jeune garçon s'était inconsciemment entraîné dans une quête dite mortelle, et pour l’instant, cela s’avérait être vrai; deux de ses amis étaient mort, l’un avait tombé dans un ravin de lave, et l’autre mangé par une goule. Il ne restait plus que lui et Haryana, sa bien-aimée, et cette aventure se transformait en véritable cauchemar.
Le Sombre Seigneur de Maarken, Shakahaï, avait décidé de placer des pièges partout dans les cavernes qui détectaient le mal ancestral, et tuait le Bien. Il cherchait à tout pris un héritier, vu qu’il allait bientôt mourir d’un empoisonnement au gaz luminescent. Maintenant, le Seigneur des Ténèbres avait lancé ses terribles orques aux trousses de Tom afin de le transformer en Sombre Seigneur. Tom était le seul que les pièges avaient détecté en tant que Sombre Seigneur potentiel.
Les rescapés s’étaient cachés dans une pièce cachée du labyrinthe de roc et de flammes. Le jeune homme essaya de se rappeler où était le chemin pour se rendre vers la salle secrète. Tout lui revint soudainement à l’esprit, comme par magie… noire… Il ôta cette odieuse pensée de sa tête et prit la direction.
Il pouvait entendre le bruit assourdissant et le fracas des armes et des armures que les orques faisaient, comme s’ils avaient peur que Tom ne les entende plus. Il déambula dans les couloirs naturels creusés par la lave, en essayant à la fois d'échapper aux orques et de rejoindre sa douce moitié. Un tournant l’emmena tout près d’un profond ravin rempli d’une lave bouillonnante qui faisait fondre tranquillement les parois rocheuse, telle une érosion marine mise en accéléré. Il appuya sur une petite pierre recouverte d’un symbole étrange et le mur se secoua. Un petit tremblement de terre parcouru les cavernes. Le mur s’enfonça lentement, lentement. Lorsqu'il arriva jusqu’au bout du mécanisme qui l’enclenchait, elle se tassa vers la droite, dévoilant une autre salle.
Pas plus grande qu’un cabanon, elle abritait une jeune fée aux cheveux d'ambre qui semblait endormie. Les traits fins et très angélique, ressemblant à ceux d'une petite fille, son teint de couleur de lune rayonnant malgré la sensation tendue du moment. Sur cette seule vue, Tom sentit sa pression baisser. Le jeune héritier pénétra dans la pièce, et la porte se referma d'elle même. La fée avait les ailes déployées, de couleur miel. Elle avait étrangement le ventre très rond, de la taille pour le neuvième mois de grossesse. Et oui, elle était enceinte. Et c'était Haryana. Troublée par l'arrivée assez brusque de Macrisar, Haryana se réveilla doucement. Elle le regarda avec incrédulité.
-Encore poursuivit par les orques? demanda-t-elle, comme s'il s'agissait d'une habitude.
-Ouais...répondit Tom, le bébé ne te fais pas trop mal?
-Je ne crois pas, non...continua la jeune femme.
Avec ses doigts faibles elle tapota le fond du sac de couchage dans lequel elle était allongée pour montrer à son bien-aimé qu'il n'y avait aucune raison de s'inquiéter. On entendit alors les cris de confusion des orques à l'extérieur. Étant d’une intelligence si faible, ils ne remarquèrent rien pour un certain moment. Rien ne se produisit pour l'instant.
Une heure passa. Toujours rien. Peut-être étaient-ils partis? Non, les orques, bien qu’idiots, n’abandonnaient jamais. Soudain, Haryana étouffa un cri de surprise, et se recrovilla de douleur. Pliée en deux, elle s’écria avec fougue :
-Je retire ce que j'ai dit! Le bébé arrive! J'e sens les contractions!
Deux autres heures passèrent. L’accouchement arrivait à son terme.
Les orques entendirent la scène d’Hôpital qui se passait de l’autre côté du mur, de l'intérieur du passage secret. Ils se mirent donc à gémir dans leur langue, appelant leur maître.
-Shazam As-Dûr! Kelagur-râth, Barzad- antorth!
Ces paroles froides et d’un dialecte venant tout droit des Terres du Maarken pétrifièrent les orques un moment, puis ils lancèrent un long et terrible cri de guerre.
-Pousse! dit Tom à l'intention d'Haryana.
Elle poussa le mieux qu'elle le pouvait, crispée dans le doux sac de couchage. Macrisar le déchira d'un coup sec. Il leva la robe d'Haryana et remarqua que le bébé avait déjà fait passer son cuir chevelu. Évidemment, puisque les fées accouchaient à une vitesse... incalculable. Le jeune homme passa sa main sous le bébé et aida sa douce-moitié à accoucher, pendant que les créatures de Shakahaï s'acharnaient sur la paroi rocheuse. Quelques minutes plus tard, Haryana réussit à faire sortir le bébé au grand complet.
-C'est une fille! s'écria joyeusement Macrisar.
-Je lui donnerais bien Anvandiel comme nom...murmura Haryana.
-Je suis d'accord, son nom sera Anvandiel.
Et ils s'embrassèrent. La jeune mère prit Aurelianne dans ses bras et entr'aperçu un grand destin pour cette petite fille. Mais si elle voulait que cette épopée se réalise, il faudrait la mettre en sécurité.
-Elle tuera le seigneur des ténèbres, dit joyeusement la fée. Mais pour ça, il faut la mettre en sécurité.
Elle finit sa phrase en baissant la tête, et une larme roula sur sa joue. Elle dit alors dans un murmure:
-J'espère que tu ne m'en voudras pas trop...
Elle finit sa phrase avec suspension, et le bébé disparu en direction du château avec une note disant qu’il fallait qu’elle soit mise en sécurité.
-Mais qu'est-ce que tu as fait? s'acharna Macrisar.
-Je l'ai protégée de la horde d'orques qui viennent de défoncer la porte, et qui nous tuerons! répondit son amie sur le même ton.
On entendit alors un bruit de fracassement, puis celui d'un lourd objet qui s'écroule par terre. La plus grande partie du mur était à-même le sol, et un gobelin particulièrement armé avait la plante des pieds dessus, comme s'il avait gagné un combat de lutte contre le battant de roc. Alors, il lança d'une voix à la fois caverneuse et rauque:
-Madabagzûûûûk! Leshnian grêk giandal frrreshnoth!
Les créatures se jetèrent donc en formation éventail dans la pièce. Macrisar tira son épée et tenta en vain de protéger Haryana. Mais ils étaient trop nombreux! Il vit tout à coup des étoiles, une sorte de flash, puis il s'effondra. Haryana se fit emportée par delà la corniche, dans la lave. Oh non... en implorant les dieux de se venger, même si elle ne le voulait pas vraiment, de son enfant qui lui avait fait perdre le temps de sortir son arc. Cette pensée venait du mal qui régnait en maître dans ces cavernes, et qui l’avaient englouti. Puis elle mourût. Les créatures lancèrent un cri de victoire. L'opération était finie.
-Je vois que vous avez apporté mon héritier! Shakahaï éclata d’un rire sardonique. Que le Rituel D’Achéron commence!
D’imposantes créatures se placèrent aux côtés du Sombre Seigneur. Enveloppées dans une grande toge à capuchon noire déchiquetée et le visage caché par un voile sombre. Deux sortes de branches d’arbres morts leur recouvraient leurs épaules. Trois rapiéçages se tenaient là où aurait dû se trouver leurs yeux et leur bouche.
Shakahaï tira une athamée et entama le rituel :
-Banderoth Acheron Gadai! Xorius fingûz barad kor lamia! Madabagzûck ucurs giandal jjiildoum!!!
Un intense brouillard noir enveloppa alors la pièce. La seule lumière était celle bleutée de la dague enchantée. Soudain, toute la brume s’y fit aspirer, ainsi qu’un étrange scintillement doré que propageait Shakahaï, qui fit signe à ses gardes d'immobiliser Tom. Deux grandes créatures bien bâties serrèrent les bras et les jambes du jeune garçon. Le seigneur des ténèbres, se coupa et fit boire quelques gouttes de son sang au jeune Sylverön. Tout à coup, sans crier gare, et qui aurait paru imbécile de la part de quelqu’un qui ne connaissait pas le Rituel d’Achéron, le seigneur des ténèbres leva le poignard en haut de sa gorge, et l'enfonça violement dans sa propre poitrine. Tom se tira des mains des gardes et hurla de douleur, plié en deux, comme si c'était lui qui venait de se faire tuer. Soudain, le corps du jeune homme changea, le transformant en monstre. Il avait ainsi prit la place de Shakahaï, et en tant que Tom, dans son dernier moment de bonté, sut que ce serait lui que sa fille tuerais. Et c'est ainsi que Tom Sylverön mourut, et que Macrisar prit le trône de Maarken. Les grottes de feu furent condamnées, et Macrisar décida de prendre l'assaut de toutes les contrées.