J'en sais pas plus que toi sur les pistolets... Par contre j'ai ajouté deux-trois trucs à propos des canons et de la pluie ( en gras ), dis-moi si ça va.
Accroché au bastingage, le Lion observait la mer. Le Lion, c'était le nom que lui avait donné l'équipage, en référence à son encombrante crinière. En fait, il n'avait pas de véritable nom. Il ne connaissait pas non plus son âge exact ; il se donnait un peu moins d'une quarantaine d'années. Abandonné à la naissance, il avait vécu dans un orphelinat, bien que la plupart de ses nuits aient été passées dehors. Vers ses dix ans, le capitaine Barbe d'Argent l'avait enrôlé en tant que moussaillon sur le Corbeau. Depuis, il vivait sur ce bateau, ne descendant à terre qu'occasionnellement pour faire des provisions ou marchander. Ah !, la terre. S'il avait su que leur halte d'il y avait quelques semaines était la dernière, le Lion en aurait profité. Mais, à présent, il était trop tard. Le navire qu'on appelait La Mort approchait. On distinguait parfaitement ses voiles noires, symbole d'une mort prochaine. Le Corbeau n'était pas assez puissant, pas assez rapide. Il était inutile de fuir. Leur seul espoir résidait dans un combat qui, selon une grande partie de l'équipage, était perdu d'avance. Mais il fallait combattre quand même, et tuer le plus de pirates possible. Aussi redoutable fût-il au combat, le Lion n'aimait pas tuer. Il tuait stoïquement, avec résignation, mais jamais avec plaisir. Le navire aux voiles noires n'était plus très loin, à présent. Le Lion apercevait de loin ses occupants qui s’affairaient. Il avait entendu des histoires à leur propos ; comme celle qui prétendait qu'ils avaient détruit tellement de vies que lorsqu'on les regardait dans les yeux, on y voyait se refléter leurs meurtres. Le Lion jeta un regard alentour. Tout l'équipage du Corbeau avait l'air terrifié ; certains priaient tandis que d'autres restaient simplement immobiles. Le capitaine Barbe d'Argent, debout un peu à l'écart, regardait le navire aux voiles noires avec un regard dépourvu de peur et d'une profonde gravité. Sa barbe autrefois d'un gris scintillant pendait tristement, grise, sale et emmêlée. Le Lion eut un pincement au cœur. La vie ne lui avait rien apporté qu'il puisse regretter, hormis l'équipage. Après toutes ces années, c'était un peu comme une grande famille. La Mort était juste à côté. Dans un instant, son équipage débarquerait. Le Lion tira son sabre. À l'aide de longs cordages, les occupants du navire aux sombres voiles s'élancèrent vers le Corbeau. C'est ainsi que le combat pour la vie commença.
Au moment même où les assaillants atterrirent sur le pont du Corbeau, le capitaine Barbe d'Argent poussa un cri de guerre, vite repris en écho par son équipage. Tous s'élancèrent alors en brandissant leurs armes. Le vacarme des épées qui s'entrechoquaient parvint aux oreilles du Lion. Lui-même s'élança sur leurs ennemis tandis qu'un éclair déchirait le ciel.
Des gouttes de pluies jaillirent des nuages d'un gris soutenu. Tout n'était que confusion. Des corps commençaient à joncher le sol, le sang coulait à flots et le fracas du combat mêlé au tonnerre et
au bruit de l'averse bourdonnait aux oreilles des combattants qui luttaient avec rage.
La poudre des canons avait été rendue inutilisable par l'humidité. Le Lion prenait tellement de soin à abattre ses ennemis qu'il ne sentait pas ses nombreuses blessures. Un homme l'avait atteint à l'épaule, un autre à la cuisse et un troisième à l'abdomen. Alors qu'il venait de tuer un ennemi particulièrement robuste, il sembla enfin remarquer le sang qui coulait abondamment sur son corps. Un pirate profita de ce moment de faiblesse pour lui asséner le coup de grâce. Il lui enfonça son arme dans le dos. Le Lion s'effondra. Sa respiration était saccadée et il perdait énormément de sang. Il leva les yeux et parvint, à travers l'épaisse couche de nuages, à apercevoir les étoiles. C'est au son des cris, de la bataille et du tonnerre que le Lion ferma les yeux.